Chaque début d’année arrive avec son lot d’injonctions.
Se remettre au sport. Changer enfin ses habitudes. Etc.
Les médias, les réseaux sociaux, les affiches… tout semble nous pousser à redémarrer fort, comme si notre valeur dépendait de notre capacité à performer dès le 1er janvier.
Et pourtant… comment allons-nous vraiment, là, maintenant ?
Beaucoup d’entre nous arrivent en janvier fatiguées, parfois essoufflées par une année dense, un stress chronique qui s’est installé sans trop demander la permission. Le corps porte encore l’empreinte de l’automne, de l’hiver qui s’est posé, du manque de lumière, du froid, des responsabilités accumulées.
Ce ressenti n’est pas qu’une impression personnelle.
Les recherches en chronobiologie montrent que nos rythmes biologiques, notamment ceux qui régulent l’énergie, le sommeil et la vigilance, sont influencés par la lumière naturelle. En hiver, la diminution de la luminosité est associée, chez de nombreuses personnes, à une baisse d’élan, un besoin accru de repos et une sensibilité plus grande au stress.
Dans la nature, janvier n’est pas un mois d’expansion.
C’est un temps d’hibernation, de repos profond, de gestation silencieuse.
Pourquoi serions-nous les seules à devoir aller à contre-courant ?
Et si on déposait la pression des résolutions ?
Les études en psychologie du comportement montrent aussi que la majorité des résolutions du Nouvel An ne sont pas maintenues dans le temps, surtout lorsqu’elles reposent sur des objectifs exigeants, imposés à un organisme déjà fatigué. Autrement dit, demander plus d’effort à un corps en déficit d’énergie ne soutient pas nécessairement la santé, et peut même accentuer le découragement.
Et si, au lieu d’installer des rituels exigeants, nous choisissions des rituels doux ?
Des gestes simples qui ne demandent pas d’effort héroïque, mais qui soutiennent la vie en nous.
Des rituels qui disent au corps :
Je t’écoute.
Je te respecte.
Je ne te presse pas.
Cela peut ressembler à :
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quelques respirations conscientes avant de sortir du lit
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une pratique de mouvements lents, enveloppants, sans objectif à atteindre
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un moment de silence, une tasse chaude tenue à deux mains
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une posture soutenue par des coussins, des couvertures, du temps
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l’autorisation de ne pas en faire plus, aujourd’hui
Les recherches sur le stress chronique confirment d’ailleurs l’importance de ces espaces de récupération : le repos, la régulation du souffle et la réduction des exigences soutiennent les systèmes nerveux, hormonal et immunitaire à long terme.
Prendre soin, sans se corriger
Dans l’univers de Yoga Rondeurs, nous croyons profondément que le yoga n’est pas un outil pour se « réparer », mais un espace pour se rencontrer.
Un espace où le repos est une pratique (tapas) à part entière.
Où la douceur est une force.
Où l’on cultive la relation au corps plutôt que la domination de celui-ci.
C’est dans cet esprit que résonne ce rappel de K. Desikachar :
»Une nouvelle année nous invite à la réflexion, mais elle nous invite aussi à l’engagement.
Nous sommes invitées à faire une promesse sincère envers le soin de nous-mêmes.
Rappelons-nous : prendre soin de soi n’est pas égoïste.
C’est une expression de respect pour la vie qui nous a été confiée,
et pour le corps et l’esprit à travers lesquels
nous servons les autres et donnons forme à notre raison d’être.
Nous nourrir physiquement, émotionnellement et spirituellement,
c’est créer l’espace nécessaire pour aimer, pour donner
et pour nous tenir debout, fermement, dans notre vérité. »
Prendre soin n’est pas un luxe.
Ce n’est pas une récompense après l’effort.
C’est une condition de base pour habiter pleinement notre vie.
Hiberner encore… et semer plus tard
Une phrase entendue dans les derniers jours m’habite particulièrement :
»J’ai encore besoin d’hiberner.
Ce n’est pas le moment de forcer l’élan, mais d’honorer le repos.
Les intentions viendront au printemps, portées par une vie qui renaît, naturellement. »
Cette idée rejoint autant la sagesse du vivant que ce que la science nous apprend : les phases de récupération précèdent les phases d’expansion.
Un sol épuisé ne porte pas de graines vigoureuses.
En ce début d’année, peut-être que la vraie intention n’est pas de changer qui nous sommes, mais de prendre le plus grand soin de ce qui est déjà là.
Nous n’avons rien à prouver.
Juste à habiter notre souffle, notre rythme, notre humanité.
Et si janvier devenait un mois pour hiberner encore un peu,
en confiance que le printemps saura, en son temps, nous remettre en mouvement. 🌱
Avec tendresse et lenteur,
Suzanne, en train d’honorer l’hiver 🕯️
